ldr_anne_carriere1DDDélai de la réponse : 20 jours
DDCoût du retour du manuscrit : 5 € - enveloppe "mousse"
DDDurée de la conservation du manuscrit : 2 mois
DDNuméro de référence : non
DDSignature : oui
DDPersonnalisation : non
DDMention du titre du manuscrit : oui
DDNombre de lignes : 11

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Qualité du papier : _toile_toile_toilenoire_toilenoire

Argumentaire : _toile_toile_toilenoire_toilenoire

Impression générale : _toile_toile_toilenoire_toilenoire

Etat du manuscrit : pas encore reçu

Commentaire : De la lettre d’Anne Carrière s’échappe un parfum vieille France. On chuchote boulevard Saint-Germain et les mots de refus deviennent des compliments anesthésiant cette fureur qui devrait logiquement vous saisir dès la découverte de la première phrase ; sommet du raffinement lorsque l'on vous propose de vous renvoyer votre manuscrit dans une enveloppe « mousse » - pour 5 €. Vous prendrez bien un petit gâteau avec votre thé (Mariage Frères) avant de nous débarrasser le plancher ? C’est donc avec politesse et tact que l’on vous raconte n’importe quoi. Le "n’importe quoi" dans la lettre de refus pourrait sans mal se résumer en retranscrivant in extenso la première ligne d'Anne Carrière : "Notre Comité de lecture a examiné avec une grande attention votre manuscrit Corpus. Malheureusement...". A ce malheureusement de mauvais augure peut s'accoler une ribambelle de faux-frères se tenant par la main et chantonnant en choeur l'hymne Polnareffien de Nous irons tous aux Paradis (auteurs à succès et auteurs de tiroir). Deux faux-frères pour la route ?

1. malheureusement il ne peut s'intégrer dans notre programme éditorial (Anne Carrière)

2. malheureusement il nous a semblé que nous n'étions pas l'éditeur le plus à même de le publier (Le Seuil)

D'entrée de jeu, l'éditeur fait référence au fameux comité de lecture, ce cabinet noir rempli de molles sellettes capitonnées soie et d'inquisiteurs invisibles. Et la charge de la preuve ? C'est bien gentil d'évoquer un Comité et une lecture attentive mais NOUS (les auteurs de tiroir - mais surtout MOI, MOI, MOI) réclamons une preuve, nous voulons, nous exigeons une fiche de lecture (le nirvana inaccessible des refusés) fille naturelle de cette grande attention du Comité de lecture.

- J'existe ! Expliquez-moi. Dites-moi pourquoi vous n'avez pas aimé.

- Fais pas chier, mec. Tire-toi et file-nous tes 5 €.

Rien ne nous est épargné (quelle vie de chien).

D'un autre côté, est-ce vraiment la faute de l'éditeur, lui qui nous rappelle qu'il est obligé d'être très sélectif ? Comment recevoir ce terme de sélectif sans se sentir coupable et exclu à jamais de la République des Lettres. Comment comprendre cette obligation mise en avant ? Doit-on plaindre l'éditeur ? Dois-je avoir honte de l'importuner ? Suis-je un paria ?

Oublieux de l’impression laser couleur (1 couleur) et du décalage prononcé du corps de texte vers la marge gauche, nous retiendrons le doigté inimitable de cet éditeur au moment de la mise au rancart : le manuscrit ne sera pas détruit après deux mois mais Anne Carrière ne sera plus en mesure de le conserver. Etre exécuté par un bourreau distingué qui choisit ses mots, c'est pas si mal au fond (du trou).

Conclusion : très bonne éducation, difficile de se plaindre sans paraître grossier. Pour passer mes nerfs j'ouvre un roman de Beigbeder et je lis qu'il y a autant d'écrivains en France que de lecteurs (Vacances dans le coma).
- Trois Xanax bien serrés, please.